- Quelques flocons…Vive la neige!
- Petit matin froid, glacial, c’est l’hiver, un hiver en France. J’attends le bus de l’armée américaine qui doit venir pour me conduire au travail. D’autres personnes attendent aussi, quelques paroles s’échappent des bouches et se transforment en vapeur blanche et légère pour écrire l’instant en un rêve bien vite disparu. Au loin, le ciel s’est levé et le soleil peint les nombreux nuages de couleurs tendres, c‘est magnifique.
Le bus arrive faisant ronronner son puissant moteur, la porte s’ouvre et les personnes se hâtent vers la tiédeur de ce lieu.
-Pas chaud ce matin…
-Tu parles ça pince un peu…
Les conversations ne sont pas nombreuses, chacun se recroqueville sur son siége. Le bus souplement parcourt la ville puis de temps à autre s’arrête pour prendre son lot d’ouvriers ou de bureaucrates puis se dirige vers le lieu du travail, vers le camp de Trois-fontaines pour aller ensuite au cœur de la forêt, là où se trouvent les bureaux de la Maintenance ou encore vers les ateliers.
Sur place, la vie s’anime, le gens se pressent, il ne fait pas bien chaud, alors, vite un peu de chaleur quand on peux en avoir, les chanceux se réchauffent autour d’un poêle à fuel, les autres, je le suppose, doivent taper des pieds en attendant de se diriger vers leurs lieux de travail.Le ciel s’éclaircit, le soleil sera présent pour la journée.
Quelques heures plus tard, contrairement a ce que l’on pensait, le soleil à disparu, laissant place à un ciel gris, épais comme du coton, l’air devient lui aussi un peu pâteux.
- Cela tourne à la neige dit un ancien.
On n’y croyait pas et pourtant cette rapide volte-face nous apporta quelques petits flocons de neige fine, puis cette blancheur devint de plus en plus importante pour s’écrire en un petit cauchemar blanc.
Les routes, les chemins se recouvraient rapidement de la poussière de l’hiver. Je trouvais cela très beau sans penser à autre chose, sans penser à ceux qui étaient dans la forêt, à charger des munitions. Pour eux ce ne devait pas être facile, cette pensée me vint quand même, me rappelant ce travail que j’avais connu antérieurement.
On remballe, on rentre chez nous, fini le travail, le bus va venir dans peu de temps dit un des responsables. Je ne comprenais pas,pourquoi rentrer si tôt, quelles raisons à cela?
- Ils ne prennent pas de risque, les routes sont couvertes de neige et ça glisse, pas la peine de se retrouver au fossé !
Il faut dire, qu’a l’époque, il n’existait pas les mêmes moyens pour dégager les routes, on ne projetait pas de sel, mais du mâchefer en granules que des ouvriers campés sur les bennes, jetaient sur les routes, à grand coups de pelles; pour ceux qui n’ont pas connu, imaginez ce que ce travail avait de pénible.
J’étais stupéfait; ailleurs, dans les entreprises françaises, le travail ne s’arrêtait pas pour si peu.On continuait malgré le temps…
Le bus est venu et a conduit son chargement humain vers la ville.
- Demain matin, s’il y a encore de la neige, ce n’est pas la peine d’attendre le bus dit un ancien, repos pour tous.
Jamais je n’aurai imaginé que l’on puisse ne pas aller travailler pour un peu de neige, quelques centimètres, deux ou trois...
Et après on me dira que nous n’étions pas choyés. De plus nous étions payés pour cette ou ces journées de repos forcé.
La belle vie en sorte, vive la neige. Chriss.
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